LES FRN (Femmes Réveillons Nous)

Méline parle des femmes fièrement: » Avant ,  les poules ne chantaient pas, seuls les hommes, les coqs pouvaient le faire. Mais à présent ( nous sommes en 2018) les femmes ne sont plus muettes, elles sont devenues de vrais poulets! »

2013: LES FRN FÊTENT LEUR DIXIÈME ANNIVERSAIRE

Les FRN fêtent avec Eve et Jacques, leurs dix années d’existence.En ce jour d’ Avril 2013, elles sont une bonne centaine à s’être rendues ici au Paradis Bleu.

De toutes parts, nous les voyons arriver par les chemins de terre, toutes convergent vers ce lieu du PB et vers ce temps de partage extrêmement fort qui va redonner à chacune une formidable énergie. Car cette fête sera remplie de danses, de discours, de chants traditionnels, et de ces improvisations chantées qui miment les situations plus ou moins faciles de leur quotidien.

Tandis qu’une partie des femmes se réunissent en assemblée générale pour discuter de leur programme –une cinquantaine – d’autres achèvent les préparatifs du grand repas.

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Les hommes ont tué le zébu et l’ont découpé ce matin

Les musiciens sont arrivés en même temps, d’autres FRN encore, revêtent leur tenue, ou dansent ou échangent. En fait chacune s’active et participe à cette impressionnante solidarité féminine tissée par un programme commun. Les femmes en assemblée générale, débattent et proposent leurs résolutions. Prioritairement elles demandent de passer à l’action contre toutes les violences faites aux femmes, de participer au processus d’élection et d’y être candidates (car c’est un droit inaliénable)

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Cette fête est un moment de ressources pour toutes, un moment de relâchement, de complicité, d’union qui va leur permettre de faire face jour après jour à la rudesse de leur condition de vie de femme, de mère et d’épouse. C’est pourquoi Méline dit que la fête est nécessaire, car ces moments de détente et de joie les soudent encore davantage. Leurs costumes de couleur bleue tous semblables est un mode de reconnaissance qui donne sens et cohésion à leur combat.

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Elles sont triomphantes! Fières d’être ensemble, leur travail commun, leur combat est de RÉVEILLER LES CONSCIENCES, LES INDIVIDUS, LES VILLAGES DONT BEFOTAKA. L’appartenance à la famille des femmes est puissante et c’est une vague bleue mouvante, énergique, résistante, motif grand cœur pointillé ou trèfle, qui envahit tout l’espace en dansant,

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Au PB je suis vraiment fière d’être femme et de faire partie de cette cohésion des FRN en revêtant le costume qu’elles m’ont offert, identique au leur. À une extrémité de la grande salle 7 hommes sont présents:3 sages, le président des fukuntanes, un professeur (celui qui habite au PB), le directeur de l’école primaire, du collège et du lycée; ils ont été conviés à la fête des 10 ans de FRN, et c’est un honneur pour eux. Même si tous ne pensent pas exactement comme Augustin, le chef des sages ou soudjabe, qui proclame que l’évolution de Befotaka ne ce serait pas faite sans les femmes.

Au moins leur présence signifie qu’ils ont choisi d’être aux côtés des femmes –à ce sujet, l’absence de Nestor, l’actuel maire ne reste pas inaperçue – les hommes comprennent qu’ils doivent à présent compter avec les FRN, force sociale de plus en plus importante dans la région parce qu’elle fait avancer le droit et le respect de chacun.

En 2012, un recensement a été organisé dans tous les villages alentours , on a ainsi pu dénombrer à peu près 1000 FRN accompagnées par une centaine d’hommes. Tous sont engagés dans un mouvement d’une grande solidarité. Il y avait tant de FRN que Méline disait ne plus pouvoir les compter !

Les FRN constituent une véritable force d’opposition c’est ainsi qu’elles ont pu, par exemple, débouter en 2012, les récentes lois du maire. Il avait décider d’empêcher les taxis de s’arrêter devant les gargotes tenues par les femmes, leur ôtant ainsi leur moyen de subsistance. Tous les jours les FRN en dansant et en chantant ont fabriqué des pancartes mais aussi enlevé tous les panneaux d’interdiction de stationner que le maire avait fait installer le long de la nationale. Tous les panneaux enlevés par les femmes « en chantant » ont été déposés dans le bureau du maire! Le maire vaincu a cédé! Les femmes de FRN, par leur chant engagé et leur opiniâtreté, ont ainsi obtenu gain de cause.

Dorénavant les femmes qui cuisinent le renommé « poulet bicyclette » et « le crabe coco », le long de la nationale peuvent à nouveau travailler et gagner de quoi subsister!

Les FRN vêtues de rouge pour signifier « le pur et la pleine forme » avaient déjà fêté le 8 Janvier 2013 leurs 10 ans d’existence, entre elles , en petit comité, elles étaient alors 53 femmes, uniquement de Befotaka, et 5 hommes.  Après avoir préparé des cocktails, elles ont dansé de 17 heures à 22 heures. Méline témoigne : « je n’ai jamais vécu des moments comme ceux-là ! Cette fête nous a soudé »

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Fin de la fête devant le tableau de leur programme à venir

Les FRN , en 2013, sont au nombre de 400 dans la région de Befotaka, chacune paye une cotisation de 6000 AR par an soit 2 euros par personne. Les maris ne cotisent pas mais sont parties prenantes des différentes activités entreprises par leurs épouses. Les FRN sont propriétaires du terrain et des bâtiments du PB, à ce titre elles reçoivent un tiers des bénéfices perçus des woofeurs (voir la rubrique woofing). Ce statut de propriété collective diminue les risques d’appropriation du lieu par des éléments isolés. Au total, l’association FRN dont Méline est la fondatrice et la présidente, gère un budget de 850 euros annuel.

Cette somme finance le plus souvent l’entraide médicale, les frais de scolarité des enfants de famille indigente, un projet personnel, un besoin. Régulièrement les femmes se réunissent au PB pour décider de leurs actions et décider aussi collectivement des prêts sans intérêts qu’elles vont attribuer. Le remboursement des mensualités est fixé selon les possibilités de revenu.